Bandeau d'entête





©Photographie (2014) et texte (2026) < Patrice Monchy
(avec la participation involontaire de Philip Guston)
Y sont ben biaux mes ch’vaux ?
Hein y sont biaux.
Oui, ils sont vraiment beaux vos chevaux.
Z’êtes intéressés par eux ?
Y sont pas à vendre !
Je ne souhaite pas les acheter.
Je recherche seulement des chevaux.
Je prépare une exposition en rapport avec les Jeux Equestres Mondiaux.
Ah, le truc qui s’déroule à Caen.
Pas seulement à Caen, dans toute la Normandie.
Alors mes ch’vaux, y vous int’resse comment ?
Ils m’intéressent car j’ai en tête une citation
« c’est le seul animal dans lequel on plante des clous ».
C’est de Jules Renard
M’en parlez pas des r’nards.
Tous les ans mon poulailler y passe.
Sais pas quoi faire.
Revenons à nos moutons, plutôt à vos chevaux .
Voyez les trois chevaux, devant nous, côte à côte.
Cela me donne une idée.
Vous avez de la chance d’avoir des idées.
Mon petit dernier j’voudrais qu’il en ait, comment vous dites, des idées.
Les ch’vaux ça l’int’resse pas.
Y préfère tourner les pages de ses bandes dessinées.
J’me demande ce qu’ils apprennent à l’école !
Donc vos chevaux, côte à côte, comme ça, cela me fait penser au tableau de Philip Guston, La boîte rouge.
C’est un de vos amis, un parisien comme vous ?
Je ne suis pas parisien.
Je suis le gendre de Marie-Louise, l’épicière.
Marie-Louise, j’la connais bien.
Aussi Paul le cacheux.
C’est elle qu’avait la cabine téléphonique.
La cabine téléphonique ? cela fait quelques années qu’elle n’est plus là,
Donc vos chevaux, Jules Renard.
M’parlez pas des r’nards ?
Cà m’donne des boutons.
Et le peintre Philip Guston.
Et puis qui encore ?
C’est tout.
Avec tout ça, vous voulez faire quoi ?
Une photographie.
Mais v’n’avez pas d’appareil photos.
Non je viens faire des repérages.
Des r’pérages ? Méfiez-vous car les gens par ici vous voient.
Vous ne les voyez pas mais ils vous voient.
Et puis les inconnus, faut s’en méfier, pas vrai ?
Tiens c’est déjà onze heures qui sonnent
Dix heures à l’ancienne.
Rentrez prendre un café, c’est obligatoire.
Et la prochaine fois, quand vous p’sserez, v’nez avec vos amis, le r’nard et l’autre, comment c’est, ah oui, l'Gaston.
Guston.
C’est pas de cheu nous ça.